• Chapitre 13

     

    Boue épingla rapidement ses cheveux en un chignon serré et vérifia son allure dans le petit miroir de la chambre. Le jour se levait quand elle sortit de la chambre à grands pas se dirigeant sans hésitation vers la minuscule passerelle qui la mènerait directement à la tour Impériale. Elle avait fini par s'habituer à la hauteur des pontons et passages aériens et les empruntait désormais sans trop y penser.

    La porte rouge du bureau apparut bientôt devant elle. Les deux gardes la saluèrent quand elle arriva et elle fut immédiatement introduite devant l'Impératrice. Elle portait ce jour là une tunique longue et pourpre, au décolleté carré très sage avec de larges manches resserrées sur les poignets, brodées ton sur ton. Un pantalon de voile noir couvrait ses jambes et des cheveux tombaient en une tresse artistiquement décoiffée sur le côté de son visage. Le seul bijou qui accompagnait cette tenue étonnante était le fin diadème d'or et de rubis qui ne la quittait presque jamais. Boue eut à peine le temps de saluer avant que la voix sèche de l'Impératrice ne l'apostrophe.

     

    -Vous avez demandé à me voir.

     

    Boue nota l'absence de Luciole avec un froncement de sourcils.

     

    -Oui, Majesté.

     

    L'Impératrice lui fit signe de poursuivre et Boue expliqua :

     

    -Il y a un contrat sur la vie du Prince Consort, votre majesté.

     

    Camyl ne sembla pas s'en émouvoir :

     

    -Les Dissidents ?

     

    -Oui, Majesté.

     

    -Avez-vous prévenu le Prince ?

     

    -Pas encore, Majesté.

     

    -N'en faîtes rien. Je veux qu'ils viennent et je veux pouvoir les interroger. Protégez mon époux, mais ne faîtes rien qui puisse les inquiéter. Je veux des rapports journaliers. Prévenez l'éclaireur Hart mais restez discrètes.

     

    -A vos ordres, majesté.

     

    -S'il meurt éclaireur, ce sera de votre faute.

     

    Le regard froid et menaçant de l'Impératrice se heurta au calme impénétrable de Boue.

     

    -Cela n'arrivera pas, majesté.

     

    -Je l'espère pour vous. Vous pouvez disposer.

     

    Boue salua et sortit. Elle croisa Luciole qui s'apprêtait à rentrer. Celle ci poussa une exclamation de surprise quand Boue la prit un peu brutalement par le bras et l'entraîna hors de portée de voix des gardes.

    -Lâche moi ! Qu'est ce qui te prend ?

     

    -Tu as laissé le Prince avec une garde ?

     

    -Le... pourquoi je...

     

    Le regard condescendant de Boue la fit rougir et elle hocha la tête, gênée.

    -Il y a un contrat sur sa tête. Les Dissidents. Il n'en sait rien et l'Impératrice veut tendre un piège aux assassins. Pas un mot sauf nécessaire.

     

    Les explications laconiques de Boue semblèrent suffire et les deux jeunes femmes se séparèrent sans un mot de plus.

    Boue retourna vers la tour du Prince au pas de course, ignorant le léger pincement de jalousie qu'elle avait eu à la vue de Luciole. Elle s'arrêta avant de déboucher dans le couloir à la porte bleue et entreprit de se calmer. Elle ne devait pas être différente de la veille, le Prince ne devait pas se rendre compte de son inquiétude.

    Enfin calme elle marcha jusqu'à la porte encadrée par deux gardes à l'air de s'ennuyer profondément. Boue leur sourit d'un air compatissant tandis qu'ils frappaient à la porte. Elle entra sans attendre de réponse et referma derrière elle.

    Le Prince était assis dans son fauteuil habituel, une jambe par dessus l'accoudoir, un livre dans la main, toujours torse nu. Il leva les yeux vers la jeune femme et fronça les sourcils.

    -Vous êtes toujours d'une humeur noire à ce que je vois.

     

    Boue secoua la tête en grimaçant et s'approcha :

     

    -Pas du tout. Je réfléchissais c'est tout.

     

    -A quoi donc ?

     

    Boue haussa les épaules et alla s'appuyer sur le linteau de la cheminée :

    -A votre résistance au froid. Je n'arriverai jamais à comprendre comment, venant d'un pays chaud, vous pouvez être tout le temps torse nu.

     

    Il baissa les yeux, semblant seulement remarquer.

     

    -Oh. Je ne sais pas. Ça ne m'a jamais vraiment posé de soucis. Vous avez froid, vous ?

     

    -Pas vraiment. Mais je suis habillée moi.

     

    Il inclina la tête avec un sourire en coin et Boue leva les yeux au ciel. Elle se détourna, et alla se poster près de la fenêtre. Le Prince reprit la parole.

    -Je suppose que vous ne comptez pas me mettre au courant, si ?

     

    Elle s'empêcha de le regarder.

     

    -Au courant de quoi ?

     

    -Du contrat sur ma tête, voyons. Ne prenez pas pour un idiot.

     

    Elle se tourna vers lui. Il la dévisageait d'un air tranquillement interrogateur.

     

    -Si vous savez déjà, pourquoi devrais-je vous mettre au courant ?

     

    Il soupira :

     

    -Je n'aime pas être utilisé comme appât, vous devriez le comprendre.

     

    Elle détourna le regard. Il se leva et s'approcha d'un pas souple. Il laissa tomber le livre sur la tête de Boue qui se crispa sous l'impact :

     

    -J'aurais préférer pouvoir vous faire confiance à ce sujet, mais les événements me donnent raison. Pourquoi être allée voir mon épouse avant de me prévenir ?

     

    Elle garda les yeux baissés :

     

    -Parce que c'est à elle que je rends des comptes.

     

    -Je pensais que vous me faisiez confiance.

     

    -ça n'a rien à voir.

     

    Il lui prit le menton, la forçant à le regarder :

     

    -Vous pourriez me faire confiance, fit-il bien plus sérieusement que tout ce qu'elle avait put entendre jusqu'ici, vous le savez n'est ce pas ?

     

    Boue se dégagea brutalement et s'écarta.

     

    -Ne dites pas n'importe quoi. Je suis entraînée pour ne faire confiance à personne.

     

    -Pas même à vos camarades ?

     

    Elle haussa les épaules.

     

    Il resta silencieux un long moment avant de retourner s'asseoir :

     

    -Qu'avez vous prévu de faire ?

     

    -L'Impératrice veut leur tendre un piège.

     

    -Mais vous, qu'avez vous prévu ?

     

    Elle eut un geste fataliste :

     

    -Arrêter de dormir, je suppose.

     

    Il sourit :

     

    -Vous pourriez prévenir Luciole. Vous partageriez ma garde.

     

    -Je doute qu'elle soit à même de vous garder quand elle est en votre compagnie.

     

    Il grimaça mais ne la contredit pas.

     

    -Qu'est ce qui vous a pris hier ?

     

    Elle fronça les sourcils, perplexe.

     

    -Hier ?

     

    -Quand vous êtes partie de la bibliothèque en courant sans un mot d'explication et que vous avez ensuite refusé de combattre avec moi ?

     

    -Ah, hier.

     

    Elle avait déjà oublié. Beaucoup de choses bien plus intéressantes s'étaient passées entre temps.

     

    -J'avais besoin de prendre l'air, je vous l'ai dit.

     

    -Comme ça ? Soudainement ?

     

    -Oui.

     

    -Vous m'en voyez déçu. J'espérais au moins que vous ayez un rendez vous important ou un amant à retrouver.

     

    Boue haussa les épaules :

     

    -Désolée de vous décevoir.

    Le regard moqueur qu'elle lui lança le fit soupirer. Il se détourna et Boue laissa ses poings se desserrer lentement dans son dos.

     

     

     

     

     

    Le Prince effaça avec difficulté l'expression d'horreur de son visage et se redressa avec hésitation. S'asseyant il parcourut la pièce du regard. Le salon était sans dessus dessous, les meubles renversés et des papiers éparpillés au sol. La fenêtre cassée laissait passer un courant d'air glacé qui avait soufflé les bougies. Des flaques de sang tachaient le tapis.

    -Majesté ? Vous n'avez rien ?

     

    Boue se penchait vers lui, une main tendue pour l'aider à se relever. Il la saisit et elle le tira sur ses pieds. Il chancela un instant et elle le soutint par le coude.

     

    -Je... hum. Ça va. Et vous ?

     

    Il avait la voix rauque. Il eut honte de son état émotionnel quand Boue semblait n'avoir fait qu'une promenade.

     

    -Moi ? Aucun soucis.

     

    Elle le guida vers la porte, dépassant les trois cadavres étendus dans des positions grotesques. Il posa les yeux sur eux et frissonna.

     

    -Vous les connaissez ? Demanda Boue en s'arrêtant.

     

    -Non.

     

    Elle ouvrit la porte et il ouvrit la bouche, stupéfait. Une véritable armée était campée là. Le capitaine Kymé s'approcha :

     

    -Tout s'est bien passé ? Demanda-t-il à Boue.

     

    Elle hocha la tête :

     

    -Majesté ? Le lieutenant Kymé va vous conduire aux appartements impériaux. L'Impératrice vous attend.

     

    -Vous auriez pu me prévenir, fit-il d'un ton plein de reproches.

     

    -A quoi ça aurait servi ? Vous feriez mieux de rejoindre l'Impératrice. Je viendrais faire mon rapport dans la matinée.

    Un peu vexé de se faire diriger comme un bleu il la regarda s'accroupir près du dernier cadavre et retirer un pendentif coincé dans sa chemise.

     

    -Qu'est ce que c'est ?

     

    Elle le lui montra d'un air sombre : un petit dragon argenté. Il s'assombrit :

     

    -Comment ont-ils réussit à entrer ?

     

    -C'est bien tout le problème. Tout ce plan était fait pour le savoir et nous n'en avons aucune idée. Ils ont reçu de l'aide, c'est certain. Nous avons réussi à arrêter un serviteur mais il est mort avant qu'on ait pu l'interroger. Et il n'était probablement pas le seul.

     

    Elle semblait contrariée et le Prince se demanda si c'était à cause du danger que lui et l'Impératrice couraient ou parce que des gens avaient réussi à passer sous sa surveillance. Il apprécia soudain de l'avoir avec lui.

     

    -Hum... merci en tout cas.

     

    Elle tourna vers lui un regard surpris.

     

    -Pardon ?

     

    -Merci de m'avoir sauvé la vie.

     

    -Oh.

     

    Elle haussa à nouveau les épaules et se détourna :

     

    -C'est pour ça que je suis là. Il faut y aller maintenant.

     

    Il hocha la tête et laissa Kymé et un groupe de gardes l'entraîner loin du carnage. Regardant une dernière fois en direction de son garde du corps il remarqua un éclat dans ses yeux qu'il ne lui connaissait pas. Un léger sourire flottait sur les lèvres de la jeune femme, un sourire froid, satisfait. Il frissonna : elle était magnifique.

    Boue retourna près des cadavres et entreprit de les examiner. Ils ressemblaient à n'importe quels atlantes. L'un brun, les deux autres d'un châtain un peu plus clair. Légèrement barbus, une constitution de soldat comme on en croisait partout en ville. Ils n'avaient rien dans leurs poches ni dans leurs bourses. Les bottes ne donnèrent que des couteaux. Elle ne trouva que des pendentifs. Trois fois le même : un dragon argenté enroulé, crachant du feu, pas plus large que son pouce. Elle les tint devant ses yeux, se demandant cyniquement s'il y avait une telle différence entre ce pendentif et les armoiries impériales.

    Elle baissa le poing, fourrant les pendentifs dans sa poche. Elle se tourna vers le garde qui attendait qu'elle ait fini.

     

    -Dites moi si vous trouvez autre chose.

     

    Il hocha la tête et elle quitta la pièce.

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 6 Septembre 2014 à 19:59

    Youhou, du nouveau !

    Comme d'habitude, ça se lit vite tellement on veut savoir la suite. J'ai juste été chagrinée au début à cause du « rapidement » qui se répète 4 ou 5 fois en quelques lignes, et j'ai eu un peu de mal à me mettre dans le bain lors du « saut dans le temps ». Comme Eklablog a tendance à mettre des retours à la ligne n'importe comment, on ne voit pas bien qu'il y en a un grand annonçant une sorte de nouveau chapitre à cet endroit là. Tu peux peut-être filouter en mettant une ligne d'étoiles ?

    Sinon ce Prince... j'ai toujours envie de le gifler tellement il m'agace. J'ai beaucoup aimé la réaction de Boue aussi, sur la fin. Je ne sais pas si c'est ce que tu voulais exprimer, mais on a l'impression qu'elle est toute contente à l'idée de reprendre du service pour de vrai, parce que jusqu'à maintenant elle s'enquiquinait ferme.

    Bref, un chapitre tout sympathique comme j'aime. Et comme je vois que tu avais promis une suite imminente, je reste aux aguets smile

    2
    Mardi 9 Septembre 2014 à 23:57

    Ah oui les répétitions c'est ennuyant. C'est le problème quand on se relit et qu'on se corrige tout le temps: on finit par oublier de lire. On invente au fur et à mesure... Enfin normalement j'ai corrigé (et deux trois fautes au passage mais j'ai du en oublier.)...

    C'est marrant qu'il t'énerve tant que ça le Prince, moi je l'aime bien. Je crois que c'est un de mes perso préférés en fait. yes

    Ah oui la fin c'est à peu près ça que je voulais exprimer. En plus... violent (le service c'est bien mais tuer des gens c'est mieux... c'est à peu près ce que j'avais en tête.) Mais bon si ça passe c'est chouette!

    La suite va arriver! J'ai un chapitre presque tout près. Mais comme j'avais pris de l'avance et que finalement j'ai changé des trucs faut que je vérifie que tout est encore cohérent!

    Merci de ta visite en tout cas!cool

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