• Prologue:

    La vieille femme était assise sur un banc de pierre, appuyé sur la façade d'une maison ensoleillée. Les murs étaient blanc de chaux et les volets étaient peint couleur de la mer par temps d'orage. Le toit de tuiles rouges ressortait sur le fond vert de la plaine et la sombre forêt au loin rendait ce petit coin de soleil idyllique. La vieille femme, les yeux fermés, laissait la chaleur de cette fin de journée imprégner ses os glacés par l'âge. Le soleil apparaissait de plus en plus rarement et annonçait l'hiver. La vieille femme doutait de voir un nouvel été et profitait au maximum de ces derniers instants chaleureux. Depuis qu'elle avait perdu son époux la vie lui paraissait de plus en plus froide. Tous ses amis l'avaient quitté, au fur et à mesure que l'âge les prenait et elle était restée seule, dernière de la bande de troubles-fêtes qu'ils formaient. Elle avait vécu une grande partie de sa vie au bord de la mer et maintenant qu'elle ne pouvait plus aller la voir elle aurait bien aimé y retourner sentir les embruns sur sa peau de vieille femme. Quand elle ne connaissait pas encore la mer sa vie était merveilleusement simple. Mais son père était mort et sa vie s'était compliquée. Elle avait vu la mer avec autant d'émerveillement qu'un enfant devant ses premières neiges. Elle avait vu la mer et en avait souffert. Elle n'avait pourtant pas pu se résoudre à s'en éloigner pendant longtemps, jusqu'à ce que l'âge et les malheurs l'obligent à quitter cet océan de souvenirs.

    La vieille femme soupira, se morigénant sur ce sentimentalisme de fin de vie. Elle n'était par encore morte que diable! Elle se leva et s'étira, sentant malgré son âge avancé l'ancienne force de son corps vouté. Elle attrapa un bâton noueux posé contre le mur et s'appuya dessus en descendant doucement le chemin qui menait au petit village de l'autre côté de la rivière. Elle s'était installée ici avec son époux, très longtemps auparavant, justement à cause de la relative solitude de la maison qui leur laissait toute la tranquillité dont ils avaient besoin après leurs vies tumultueuses.

    La nuit tombait quand elle arriva et les fenêtres semblaient être des ouvertures sur un autre monde auquel elle n'avait pas accès. Un peu tristement elle se dirigea vers l'unique petite boutique du village et entra, faisant résonner la clochette.
    -Bonjour, bonjour! Fit la grosse voix du commerçant du  venant de l'arrière-boutique, Ah mais regardez qui voilà! Mme Finylt! Ça fait longtemps qu'on vous a vu par ici! Comment allez-vous aujourd'hui? Pas trop froid là-haut?
    -Bonjour M. Deroux, fit elle aimablement d'une voix un peu rauque. Je vais bien, merci, le froid n'est pas encore trop présent. Et vous même ? Votre femme se remet bien ?
    -Très bien merci. Le doc nous a dit qu'elle ne devrait plus avoir de soucis dans une petite semaine.
        La conversation se poursuivit et quand elle eut fini ses achats elle s'en alla, faisant un signe de la main aux enfants qui jouaient dans la rue. Elle remonta le chemin, retraversant le petit pont qui menait chez elle. La nuit était noire quand elle poussa sa porte. Elle déposa le contenu de son sac sur la petite table de bois qui trônait au milieu de l'unique pièce et entreprit de ranger ses achats dans ses nombreux placards, tout en sifflotant un vieil air de marche militaire. L'intérieur de la bâtisse de pierre ressemblait à l'arrière boutique d'un vieux magasin général. Une cabane aux trésors pour les enfants, un indescriptible fouillis de vieilleries pour les adultes. Les uns comme les autres avaient raison. La maison regorgeait d'objets récoltés dans des centaines d'endroits différents: des sacs débordaient de bijoux et d'objets précieux, des robes aux couleurs bigarrées gisaient dans des coffres ouvragés ou simplement cerclés de fer, des armes de toutes sortes et de toutes factures étaient accrochées aux murs, suspendues à des patères ou respectueusement posées dans des nids de velours. Une grande armoire était appuyée contre le mur à droite de la porte. Ses deux portes étaient gravées et ornementées de si belle façon que lorsqu'on s'en approchait il semblait que les personnages ainsi dessinés allaient jaillir du bois pour danser autour de vous et vous entrainer dans une folle farandole au clair de lune. Des personnages légendaires se côtoyaient sur toute la surface du bois. Des elfes majestueux se penchaient sur des nains petits mais si habiles de leur doigts qu'en sortaient des couronnes faites pour les dieux et des armes qui ne se brisaient jamais. Des hommes dansaient au clair de lune en compagnie de lutins, de faunes et d'autres créatures fêtardes qui entrainaient les voyageurs imprudents dans d'immenses rondes dont ils ne ressortaient jamais. L'armoire était remplie de toutes sortes de provisions non périssables engrangée en prévenance de l'hiver. La vieille femme se dirigea vers la cheminé, repoussant les étoffes et les coupes ornementées qui lui barraient le passage, et s'assit dans l'unique fauteuil qui n'était pas encombré.  L'assise était en velours rouge, légèrement usé sur les accoudoirs, et les pieds étaient sculptés en forme de vigne. Si quelqu'un s'était attardé à détailler cet étrange meuble il aurait sans doute remarqué que cet objet était digne d'un château, mais plus personne n'entrait depuis longtemps dans la maison et les seuls qui l'avaient fait n'osaient pas détailler le monceau hétéroclite d'objet.
        La vieille femme soupira, frissonna et finit par se lever avec difficulté pour mettre une buche dans le foyer. Les flammes reprirent de la vigueur et éclairèrent d'une lueur jaune la pièce plongée dans une semi obscurité. La vieille femme se rassit, contemplant les lueurs moirées du feu. Elle attrapa une couverture posée sur un coffre à côté d'elle et s'en drapa les épaules. Le feu alluma des reflets dorés dans l'étoffe et un semblant de richesse sembla s'installer sur ce tissu avant de disparaître pour laisser place à une simple couverture à carreaux rouges et noirs. Elle se blottit dans cette agréable chaleur, ferma les yeux et s'endormit.

        On frappa à la porte. Le feu s'était éteint et la maison semblait morte. On recommença. Un grognement sortit du fauteuil et la vieille femme émergea en ronchonnant. La personne dehors devait commencer à s'impatienter et des coups secs ébranlèrent à nouveau le battant. Elle rattacha correctement ses longs cheveux blancs que la courte sieste avait défaits de son chignon serré et se dirigea vers la porte tout en allumant quelques bougies qui éclairèrent une partie de la grande pièce. Elle attrapa son bâton et entrouvrit la porte. Elle eut un choc. Grand, blond, les yeux bleus, les cheveux attachés en une queue de cheval qui lui retombait sur la nuque : en face d'elle se tenait un homme qu'elle n'avait jamais pensé revoir. Un homme qu'elle avait connu la plus grande partie de sa vie. Ou plutôt l'homme tel qu'il était cinquante ans plus tôt, lorsqu'il était encore jeune et surtout vivant. La vieille le fixait bouche bée et le jeune homme, surpris, ne savait pas quoi dire. Finalement il prit la parole d'une voix grave qui rappela de douloureux souvenirs à la vieille femme:
    -Vous êtes Madame Finylt? Demanda-t-il.
    La vieille ne savait pas quoi dire. Que pouvait-il bien lui vouloir ?
    -C'est pour quoi? Finit-elle par demander d'une voix qui peinait à dissimuler le trouble dans lequel elle était.
    -J'aimerais parler à Mme Finylt c'est important.
    -Qu'est ce que tu veux? Demanda-elle d'une voix sèche. Elle était à bout de nerf, fatiguée, et émotionnellement à bout à cause d'une stupide visite à une heure tardive.
    Le jeune homme tint pour dit qu'elle était bien Mme Finytl.
    -Je suis ici pour parler de mon père. Vu votre réaction je suppose que vous savez qui il est.
    -On peut dire ça. Qu'est ce que je peux faire pour toi ?
    -Parlez moi de sa vie avant qu'il ne rencontre ma mère.

    La vieille femme avala de travers.

    -Pardon?

    -Il n'a jamais rien voulu me dire. Quand il est mort, j'ai pressé ma mère de m'en apprendre d'avantage. Mais la seule chose qu'elle m'a donnée est votre adresse. Et elle ne me l'a pas donné de gaité de cœur.
    -Je crois bien qu'elle ne m'aimait pas beaucoup, confirma la vieille femme avec un gloussement. Je ne peux pas tellement lui en vouloir.

    -Dites moi qui il était, je veux savoir qui était réellement mon père. Personne ne sait rien au village, j'étais déjà né quand ils s'y sont installés.

    -Je suis vieille tu sais, et tout ça est si loin... j'ai oublié beaucoup de choses.
    Ce n'était qu'un énorme mensonge : elle n'oublirait jamais tout ça. Tous ces événements étaient inscrits au fer rouge dans sa mémoire. Et dans sa chair ridée et abîmée. Il le sentit et insista :
    -Vous devez bien vous souvenir de quelque chose ! N'importe quoi ! Des anecdotes !
    Elle eut un sourire triste :
    -Crois moi, tu ne veux pas entendre d'anecdotes.
    -Racontez moi !
    -Je ne l'ai que peu connu tu sais... je ne sais rien sur une très grande partie de sa vie...

    Autre mensonge.


    -Alors racontez moi votre vie ! Je sais que vous avez travaillé ensemble.

    -Je croyais qu'il ne t'avait rien raconté? fit la vieille, suspicieuse.

    Le jeune homme s'assombrit.

    -A la fin... parfois... il délirait. C'était souvent incohérent. Mais votre nom revenait souvent. ça faisait pleurer ma mère. Je veux savoir pourquoi.

    -ah... pourquoi. C'est bien plus compliqué que tu ne l'imagines.

    -Je veux savoir.

    -Quoi?

    -Tout, comment vous vous êtes rencontrés, qui il était, qu'est ce qu'il était pour vous.

    Elle le regarda d'un air fatigué.

    -Si tu insistes. Rentre.


    Elle fit demi-tour, laissant la porte ouverte et il la suivit à l'intérieur, fermant derrière lui.

    -Au fait je m'appelle Liam, fit il en la suivant jusqu'à la cheminé.


    -Je sais, répondit elle. 

    Il la regarda d'un drôle d'air et elle soupira en se laissant tomber dans le fauteuil. Il tira un autre fauteuil de sous un tas d'objet et s'assit, soulevent un nuage de poussière qui le fit tousser.

    -Je t'ai vu, tu avais à peine quelques années. La dernière fois que j'ai vu tes parents d'ailleurs.

    -Ma mère m'a dit qu'elle vous avait écrit à sa mort.

    -C'était aimable de sa part.

    Ils restèrent silencieux un instant, la vieille songeuse, le jeune bouillant d'impatience:

    -Alors? fit-il enfin, Comment l'avez vous rencontré? Et qui étiez vous à l'époque?

    -C'est difficile à dire... je n'étais pas grand chose à l'époque.

    Elle s'enfonça un peu plus dans son fauteuil, se préparant à commencer son récit, son esprit revivant déjà tout depuis ce tout début il y avait si longtemps désormais.

    Bonjour! »

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  • Commentaires

    1
    Lundi 2 Juillet 2012 à 17:32

    Hum... je vois que tu as retiré certains passages. Maintenant que je connais le fin mot de l'histoire c'est plus cohérent ainsi. J'ai juste noté des répétitions fréquentes sur le paragraphe concernant le feu : "feu", "vieille femme" en quelques lignes. C'est le seul endroit où ça se produit.

    Toujours aussi savoureux, je cours à la suite !

     

    2
    Kiru Loup Profil de Kiru Loup
    Mercredi 4 Juillet 2012 à 13:58

    Ah oui? ah va falloir que je relise ça sérieusement alors. ^^ Contente que ça te plaise! En tout cas je suis d'accord pour dire que cette réécriture est nécessaire, rien qu'au niveau de la cohérance! Sans parler d'orthographe bien sur...^^'

    3
    Zipan
    Vendredi 3 Août 2012 à 15:26

    Je suis enfin passé lire ton prologue ! (Depuis le temps que je voulais le faire...) 

    Ce début m'a charmé, on sent l'emprise du temps sur la vieille femme. Et j'aime cet effet. Sinon je me doute que la suite sera la vie de cette personne âgée. Si j'ai bien compris, Liam n'est pas le fils de cette vieille femme, mais son père a beaucoup vécu avec. Ils se sont séparés à la naissance du jeune homme et le père a préféré partir avec la mère de son enfant ? 

    Han je suis vraiment pas patient ! J'aurai mes réponses dans la suite je suppose =) Sinon moi aussi j'ai remarqué comme Seby la répétition de "vieille femme", soit rien de bien méchant =) 

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    4
    Kiru Loup Profil de Kiru Loup
    Jeudi 9 Août 2012 à 20:03

    Comme c'est gentil de passer me voir!

    Effctivemment les répétitions sont mon défaut et j'avoue n'avoir pas eut le courage d'aller corriger. Mais un jour je serais motivée!

    Oui tu es impatient! ^^ Mais j'avoue que mon inactivité n'aide pas beaucoup! ^^' Je vais essayer de finir ce que j'ai commencé, c'est à dire la réécriture (oui j'ai déjà écrit cette histoire) et l'amélioration de cette histoire. Mais ça fait tellement longtemps que je suis dessus que j'ai du mal à m'y remettre! Mais je vais essayer! ^^

    En tous cas merci d'être passé me voir!

     

    5
    Vendredi 10 Août 2012 à 00:36

    Je crois qu'on a le même problème Kiru. À force d'avoir le nez sur la réécriture de nos histoires, elles nous sortent un peu par les trous d'nez. Allez chiche je publie un chapitre et tu publies le tiens ?

    6
    Kiru Loup Profil de Kiru Loup
    Samedi 11 Août 2012 à 20:47

    Hum... ça marche! ^^

     

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